La Rose d’or (VI)

Voici l’aube dans sa grâce.
Les feuilles sifflent ; le vent
Ranime la terre lasse,
Qui soupirait en rêvant.

Le rossignol se repose ;
L’alouette prend l’essor
Dans un ciel bleu pâle et rose,
Fleuri de nuages d’or.

Souriant avec malice,
La brune Titania
Se blottit dans le calice
D’un large pétunia.

Que la reine des féeries
Disparaisse avec sa cour !
Ses changeantes pierreries
Pâliraient dans l’or du jour.

Les beaux yeux de la pervenche
Reflètent le firmament,
Et dans chaque rose blanche
Scintille un pur diamant.

O les caressants murmures
De ce vent frais dans les blés !
Chuchotements des ramures,
Cris d’éveil, rythmes ailés

Le cantique de la terre,
Psyché rêveuse l’entend.
Ah ! sans doute il faut me taire ;
Elle pleure en l’écoutant.

L’air qui souffle dans ses ailes
Lui porte, sur la hauteur,
Un chant de violoncelles
Modulant avec lenteur.

Quelle vague d’harmonie
Vient baigner son pâle front !
Quelle tendresse infinie !
Quel soupir humble et profond !

Dans la forêt vaporeuse
Je suis muet et caché ;
Mais c’est bien ma vie heureuse
Qui monte vers toi, Psyché.



Auteur: Maurice Bouchor
Recueil: Les Symboles
Poèmes de 1888-1895

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