…L’on ne seust en nule terre
Nul plus bel cors de fame querre.

Roman de la Rose.


          Par tes yeux si beaux sous les voiles
          De leurs franges de longs cils noirs,
          Soleils jumeaux, doubles étoiles,
          D’un cœur ardent ardents miroirs ;

          Par ton front aux pâleurs d’albâtre,
          Que couronnent des cheveux bruns,
          Où l’haleine du vent folâtre
          Parmi la soie et les parfums ;

          Par tes lèvres, fraîche églantine,
          Grenade en fleur, riant corail
          D’où sort une voix argentine
          À travers la nacre et l’émail ;

          Par ton sein rétif qui s’agite
          Et bat sa prison de satin,
          Par ta main étroite et petite,
          Par l’éclat vermeil de ton teint ;

          Par ton doux accent d’Espagnole,
          Par l’aube de tes dix-sept ans,
          Je t’aimerai, ma jeune folle,
          Un peu plus que toujours, — longtemps !


Théophile Gautier
Premières Poésies, 1830 à 1832


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