II

D’où vient-il, ce lointain frisson d’épithalame ?
Quels cieux ont déroulé leurs nappes de saphir ?
Quel espoir inconnu m’anime ? Quel zéphyr
A jeté dans ma vie errante un nom de femme ?

Quel oiseau près de moi chante sa folle gamme ?
Quel éblouissement s’enfuit, pour me ravir,
Comme le corail rose ou la perle d’Ophir
Que poursuit le plongeur bercé par une lame ?

En vain de ma pensée effarouchant l’essor,
Je veux loin de vos yeux pleins d’étincelles d’or
L’entraîner, sur vos pas la rêveuse s’envole,

Et, pour que mon tourment renaisse, ardent phénix,
J’emporte dans mon cœur votre chère parole,
Comme un parfum subtil dans un vase d’onyx.


De mai à juillet 1839.

Amours d’Élise
Feuillets détachés

Théodore de Banville (1823-1891)
Les Cariatides (1842)
LIVRE DEUXIÈME





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